MOVIE | The Shape of Water : Notre critique !

Rédigé par Pravine Parady
Si les monstres ont un succès commercial et critique depuis le début de l’histoire du cinéma (Frankenstein, Dracula…), ils ont évolué et sont devenus des figures importantes, souvent symboliques de la condition humaine. Guillermo Del Toro est un passionné de monstres, et tout les monstres qu’il a crée sont mythiques, en passant de Hellboy, au monstre du Labyrinthe de Pan. Au final, les monstres ne sont-ils pas humains avant tout ? Il réalise The Shape of Water et est nominé pour plusieurs distinctions importantes et principales des Oscars (début mars).

Synopsis: Elisa mène une vie solitaire dans les années 60 jusqu'à ce qu'elle rencontre une créature malmenée dans le laboratoire dans lequel elle travaille en tant que femme de ménage.

On peut le dire tout de suite sans faire durer le suspense, The Shape of Water est un bon film qui obtiendra sûrement des Oscars, mais ce n’est pas le film que j’attendais. Il est évident de souligner que la photographie de ce film est exceptionnelle. Chaque plan est esthétisé et la couleur sombre, verdâtre nous plonge au cœur des années 60. Une période où les discriminations autour des minorités étaient banales, d’où le propos même du film qui met en avant une femme muette, une femme noire, un vieil homme homosexuel, et une créature. The Shape of Water est basé sur la présence de l’eau, c’est toujours elle qui guide le personnage du début à la fin, une source de plaisir et d’échappatoire à la société (on commence dans l’eau, on finit dans l’eau). Si c’est un thème intéressant, c’est parce qu’il est complété par de très belles scènes (les gouttes d’eau sur la fenêtre montrant l’évolution de la relation entre la femme et la créature), et surtout un contraste entre le plaisir/l’échappatoire, et la dure réalité (on retrouve le contraste entre une pièce submergée d’eau et ce qu’il se passe en dessous, posant toujours problème aux autres).

En parlant de la créature, Guillermo Del Toro préfère toujours minimiser les CGI (qui sont ici présents uniquement à travers quelques effets visuels), c’est un homme qui porte le costume. Par ailleurs, si la relation entre la créature et la femme est captivante au départ parce qu’il y a cette rencontre entre deux minorités de la société, elle devient rapidement caricaturale, voire niaise. En effet, même si l’amour peut-être justifié par ce manque dû à la solitude (plaisir masturbatoire que l’on voit en tant que routine au début du film et se transforme en envie de partager ce plaisir, la baignoire n’appartient plus seulement à elle), certaines scènes gâchent presque cette relation par des événements assez « WTF »…

Si nous sommes plongés dans le film et qu’on n’en sort presque jamais grâce à la beauté et à la poésie qui y réside, c’est par la présence d’un antagoniste parfait interprété par Michael Shannon. Par son physique et son mental, on le déteste autant qu’il crève l’écran et livre une performance digne du personnage (qu’on découvre à travers sa vie intime). Néanmoins, le film souffre d’un certain classicisme narratif même s’il essaye de s’en dégager (en présentant l’acte final à la toute fin par exemple), souvent prévisible et avec des facilités narratives agaçantes (ce qui est noté sur le calendrier, le mari de la femme noire…), et à la limite du niais à travers la relation.

Note : 7,5/10. En bref, The Shape of Water est un conte qui fait de nombreux parallèles avec notre société même si le fait se situe dans les années 60. Si c’est un film marquant par son esthétique, sa musique (qui reste en tête plusieurs heures après le visionnage), et ses personnages, il déçoit aussi par sa structure classique et prévisible.

Bande-annonce :